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Vendredi 16 novembre 2007

120px-Dpt-61.pngVendredi 26 octobre, je me suis rendu à Argentan à l’invitation de Frédéric Léveillé, Premier Secrétaire Fédéral de l’Orne pour animer un débat sur les socialistes et la Nation. En voici le compte-rendu.

Le 26 octobre, la Fédération de l’Orne avait prévu une réunion à destination du Conseil Fédéral sur les travaux de la commission 1 « les socialistes et la Nation ». Si la participation n’était pas nécessairement celle des grands jours, en revanche, la durée du débat (de 20h30 à 23h), sa densité et sa qualité ont souligné la volonté d’échange et de confrontations sur la question de la Nation.
 
Avant même d’entrer dans le vif du débat, les participants font part d’un sentiment double : d’abord, le scepticisme devant le lancement des forums de la rénovation : temps limité, sujets vastes, quelle mobilisation du Parti…, quelle crédibilité aussi ? Comme le dira un participant, c’est un peu « le comité de direction qui veut rénover l’entreprise » ! ; ensuite l’intérêt pour le fond des sujets traités.
 
En effet, chacun des participants reconnaît que depuis 1996, les socialistes n’ont guère eu le temps de réfléchir à froid sur ces grandes questions et se félicite de cette démarche. La pratique du pouvoir l’a souvent emporté sur la réflexion et sur le projet, par ailleurs, le calendrier rythmé par des élections ou des congrès depuis 2002 n’a pas offert de cadre stable à une réflexion. Il faut donc se saisir de cette opportunité ouverte par le Conseil National en juin dernier et prendre au sérieux cette démarche, même si le temps nous est compté.
 
L’objet de ce travail n’est pas de décliner un discours doctrinal et descendant, puisque justement l’enjeu est de construire ensemble une remise à jour de notre pensée. La méthode consistera donc à pointer nos éléments de convergence et à creuser nos éléments de divergences. Le Congrès aura à trancher une fois que nous aurons identifié ce qui nous rassemble sur ce qui nous oppose vraiment.
 
Dans un premier temps, le cadrage général et la méthode de travail ont été présentés aux participants : faire des auditions, entendre les militants, susciter le débat. Pour ce qui concerne la commission 1, le délai est très serré puisque nous aurons à présenter une première approche de nos travaux dès le 24 novembre en Avignon. Ont été distribués aux participants, la liste des membres des 3 commissions nationales et la note de cadrage général élaborée par Alain Bergougnioux.
 
La commission pour embrasser un sujet aussi ample, à déterminé quatre champs d’interrogation :
 
·         L’altérité, à savoir le rapport à l’étranger.
 
Pour être provocateur, on peut sur ce point rappeler l’article 4 de la Constitution de l’an I: « - Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français. » pour montrer aujourd’hui, notamment en faisant référence à la nouvelle loi avec les tests A.D.N., le chemin qu’il nous reste à parcourir pour être vraiment républicain.
 
Il nous faut redéfinir le rapport entre l’étranger et la Nation. La commission a auditionné sur ce sujet Malik Salemkour, vice-président de la LDH et plusieurs propositions ont été avancées dont notamment la citoyenneté de résidence.
 
·         La souveraineté :
 
-          face à la question européenne ;
-          face à la décentralisation qui remodèle le cadre de la décision publique ;
-          face surtout à une certaine vision de la politique qui ces dernières années a théorisé l’impuissance du politique à agir dans un cadre national et donc à agir tout court compte tenu des « contraintes » extérieures, de l’Europe, des modèles dominants…
 
·         La citoyenneté 
 
Là aussi, d’une manière critique, nous pouvons partir de nos valeurs générales et voir leur « traduction » dans la réalité. Quelle égalité d’accès aux soins, à la santé, aux services publics, aux moyens de transports… De même, nous pouvons être interrogés sur le fait qu’en France, nous seulement nous avons du mal à « intégrer » mais nous réussissons l’exploit à fabriquer des étrangers, c’est-à-dire à faire en sorte que des jeunes investissent une identité culturelle ou religieuse qui n’est pas la leur. Pour ces personnes, la France n’est plus une promesse.
 
·         L’internationalisme, thème central de la réflexion socialiste, et qui pose justement la question du modèle alternatif à l’échelle mondial.  
 
Quelques éléments du débat 
 
Les socialistes ont-ils un « problème » avec la question de la Nation. On peut considérer que l’affaire est tranchée depuis le 4 août 1914, avec le discours de Léon Jouhaux qui sonne le ralliement de la classe ouvrière à la Nation, y compris dans sa version la plus terrible, dans le cadre de la guerre mondiale. En revanche, la France a un problème avec le modèle national, puisque de nombreux exemples démontrent l’écart entre la Nation, dans son acception progressiste et de gauche et la réalité vécue. Nous avons des valeurs…mais nous avons une réalité discordante avec ses valeurs : mise en cause des services publics, discriminations, difficultés du «vivre ensemble ».
 
Nos difficultés, en tant que socialistes, ne proviennent pas de nos désaccords conceptuels mais de l’écart entre nos proclamations et les politiques que nous conduisons parfois. On peut être à la fois pour la laïcité par exemple et justifier par la situation locale des entorses aux principes de neutralité de l’espace public (exemple, créneaux dans les piscines, horaires adaptés…). Il faut donc se méfier de deux écueils : le conceptualisme et l’empirisme pour repenser une vision de la Nation qui s’appuie sur une définition visible.
 
Nous sommes donc dans un paysage confus où l’inversion des valeurs règne en maître. Notre objectif est donc d’arrimer notre débat sur nos valeurs et de travailler pour en sortir avec des idées-forces et un projet de société.
 
Nous sommes dans une phase de « désidéologisation » ; beaucoup de pseudo idéologues qui théorisent que la modernité, c’est justement ne plus avoir de valeurs, mais être « efficaces » en empruntant à toutes les valeurs.
 
Crainte que notre discours s’adresse le plus souvent à une « bourgeoisie éclairée ». Or, notre enjeu n’est pas de faire un débat théorique mais d’être compris par tout le monde. Nous pourrions faire la liste de ce qui fait du lien dans la société et de remettre ceci en valeur.
 
Ne devons-nous pas intégrer dans ce débat et au plus tôt les partenaires de gauche ? Par ailleurs, l’idée de discuter au plus tôt avec nos partenaires serait bonne… s’ils n’étaient pas eux-mêmes divisés sur certains sujets.
 
La droite a une vision communautariste de la Nation, puisque ce terme lui sert à isoler, à fragmenter, voire à opposer des catégories entre elles et en même temps à réunir dans un même concept des réalités politiques contradictoires : les 40 rois qui ont fait la France et Guy Mocquet, pour faire court. La droite n’est forte que de nos reniements, des « territoires perdus » que nous avons abandonnés.
 
Faut-il encore utiliser le mot « Nation » ? Il faut distinguer nation et nationalisme. Deux illustrations pour sortir de ce débat piège. Jean Jaurès : « la Nation, c’est aimer les siens ; le nationalisme, c’est haïr les autres ». Le patriotisme, c’est la Résistance, le nationalisme, c’est Vichy.
 
Nous devons faire retour à nos fondamentaux : il faut souvent ré-expliquer ce qu’est un Service Public… D’un autre côté, est-ce qu’il ne s’agit pas que de mots ? Par exemple, comment vont voter nos parlementaires sur le Traité Européen si l’on veut vraiment tenir sur nos fondamentaux ? Comment concilier Souveraineté et Europe ?
 
Pourquoi la Nation n’est-elle au fond est exaltée que dans les compétitions sportives ? D’autant que c’est parfois dans des conditions peu « fraternelles » ! A titre d’exemple, puisque que nous ne sommes pas loin de la coupe du monde de Rugby et sans méconnaître les difficultés de ce pays, l’Afrique du Sud est un symbole d’une nation « arc en ciel » qui, au travers de son hymne et de son drapeau, mélange des symbole de l’ANC et de la République des Boers évoque l’hymne sud africain en 4 langues et la réussite de cette nation « arc-en-ciel ». Au-delà, il faut donner à voir des symboles et des rites de la Nation : cérémonies républicaines, mais aussi lutte concrète contre les inégalités sociales et économiques.
 
Il faut creuser l’idée de citoyenneté de résidence. Mais n’y-a-t-il pas des résidents qui refusent de partager nos valeurs ? Il faut tout d’abord partir de truismes : un homme vaut un homme et le fait qu’il soit ou non étranger ne le prive pas du droit à al dignité, au respect notamment, y compris dans des procédures de reconduction dans le cadre des lois votées. La citoyenneté de résidence, c’est poser des droits universels, sachant que par ailleurs, les étrangers cotisent et contribuent à la richesse nationale. Face à certaines conditions d’existence, il faut parfois s’interroger : « Est-ce que je vivrais là ? »
 
Faire France, c’est prendre les gens pour ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent vivre ensemble et non les ramener à une origine ou une identité qu’ils n’ont pas. C’est ainsi que naît le communautarisme ou le racisme quand on veut définir les gens ou les groupes par une origine. Etre Français, c’est un chemin en avant avec d’autres et non un retour à un « soi » souvent reconstruit.
 
Le PS a tenté lors des dernières élections législatives, comme il l’avait fait pour les régionales de 2004 de favoriser une représentation de la diversité de notre pays. La méthode a souvent été critiquée certes, mais les réactions ont révélé un sentiment latent de rejet, or nous ne pouvons prétendre représenter la société toute entière (y compris, dans la diversité des origines) et proposer des représentants uniformes. De ce point de vue, la campagne sur la 21ème circonscription de Paris est exemplaire de toutes ces ambiguïtés.
 
Laïcité : sur ce point la confusion règne aussi en maître et c’est sans doute le sujet où chez nous socialistes, l’écart est le plus grand entre le discours et les actes. Le débat sur le communautarisme prend sa source dans cette confusion. Au titre des confusions, celle entre laïcité et oeucuménisme. La laïcité, ce n’est pas la tolérance des religions entre elles et dans l’espace public, c’est la détermination d’un espace public où liberté de croire comme de ne pas croire sont respectées au nom de la liberté absolue de conscience. Il ne s’agit pas d’être laïcard, mais d’être au rendez-vous des valeurs qui fondent la République. Dans cet esprit, on peut toujours porter la vieille revendication du programme radical de 1924 de revenir sur le concordat en Alsace-Moselle, mais il serait plus efficace de le faire dans le cadre de la paix civile ! De même, dans le discours courant, on évoque souvent le ministère de l’intérieur et des cultes pour justifier que l’Etat doive s’occuper de religion voire de l’organisation des religions, alors que le ministère est dit « des cultes » relativement aux statuts particuliers de l’Alsace-Moselle ou de Mayotte. Sur la laïcité en général, le Parti Socialiste, comme d’ailleurs le reste de la gauche, y compris le Parti radical, n’a pas été assez clair et s’est contenté de verser soit dans la confusion des concepts avec l’idée de « laïcité ouverte », soit de revendiquer de vieilles antiennes sans les incarner. La laïcité, ce n’est pas simplement des valeurs, mais une traduction qui implique des politiques publiques permettant l’égal accès de tous aux éléments constitutifs de la République.
 
La décentralisation menace-t-elle l’unité de la Nation ou plus clairement, l’unité des politiques publiques, c’est-à-dire l’égal accès des citoyens aux services et moyens publics ? Nous n’avons pas en France une « culture des cultures régionales fortes », ce débat n’est-il pas plus approprié dans le cadre de la question économique et sociale dans le sens où la décentralisation menée actuellement peut engendrer effectivement une rupture d’égalité, compte-tenu de l’inégalité des ressources fiscales propres.
 
En conclusion, le PS est-il en état de se relever ? Beaucoup de critiques sont faites à notre endroit, cela en devient même une figure de style ! Nous devons affirmer, penser, proposer, bref refonder notre projet, ce qui suppose de ne pas uniquement parler entre nous mais parler aux français, c’est tout l’enjeu de nos travaux !
 
 
 
par capgps publié dans : Les forums de la rénovation
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