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Mercredi 2 juillet 2008

III. Refonder l’espoir pour les forces de la jeunesse, du travail et de la création

 

 

Les grands traits, les grandes orientations de ce projet doivent émerger dès le prochain Congrès afin d’adresser un signal fort au pays. Il faut pour cela nous déterminer sur les questions essentielles qui interrogent, inquiètent ou angoissent nos concitoyens.

 

1.                 L’internationalisme, clef d’un nouveau rapport à la mondialisation

 

Nous sommes des internationalistes et avons toujours préconisé l’abaissement des frontières, le développement des échanges de toute nature, le rapprochement des peuples et la coopération des nations. La mondialisation porte à cet égard des potentialités que nous ne pouvons pas ignorer. Mais cette mondialisation est pervertie car elle a pour ligne directrice le libéralisme économique et se décline en concurrence exacerbée par la déréglementation à tout va, le credo de l’abaissement des « coûts salariaux » et de la réduction des dépenses publiques et des protections sociales, tout cela générant des inégalités criantes et une nouvelle pauvreté de masse. Parce que le véritable socialisme est fondamentalement internationaliste, il ne peut se résoudre à la défense acharnée du prolétariat de nos régions à l’encontre de tous les autres. Le socialisme c’est la défense des humiliés et des offensés d’ici et d’ailleurs, contre de grands intérêts capitalistiques qui eux sont organisés à l’échelle internationale et mondialisés, face aux pays pauvres du Tiers monde, voire ce qui est plus délicat face aux pays émergents. Les efforts déployés par les pays de l’OCDE pour soutenir  leurs agricultures,  quitte à contribuer à ruiner celles des pays en développement y compris ceux qui sont censés bénéficier de l’Aide Internationale au développement sont considérables et doivent faire l’objet d’une évaluation.

 

A l’heure où des émeutes de la faim secouent de nombreux pays, il faut certes faire la part des responsabilités propres de leurs gouvernants ou des conflits qui  les ravagent trop souvent, mais on ne saurait ignorer les orientations souvent hasardeuses impulsées par des experts internationaux, voire sous la férule de grandes  organisations internationales pour substituer des cultures d’exportation aux cultures vivrières, et des plans d’orthodoxie budgétaire qui contribuent à paupériser encore les populations. Les socialistes ne sauraient se satisfaire d’un tel accroissement des inégalités à l’échelle de la planète. Leur volonté doit être clairement de rétablir l’aide au développement au niveau des engagements pris dans les Objectifs du Millénaire, de réorienter celle-ci vers l’autosuffisance alimentaire des populations. La coopération devra s’appuyer sur des opérations en co-développement ou en coopération décentralisée qui soient montées le plus possible en liaison étroite avec les  bénéficiaires de l’aide, au plus près du terrain. Elle utilisera au mieux les compétences des diasporas, en permettant aux immigrés ou binationaux qui  le souhaitent de consacrer une partie de leur durée annuelle de travail à exercer en détachement dans le pays d’origine de leur famille. Les programmes actuels de compte épargne développement seront abondés d’une prime  versée par l’Etat d’un montant suffisant pour les rendre attractif. Par ailleurs, les organismes de micro crédit seront encouragés, notamment en défiscalisant les concours que les particuliers leur apporteront ou en permettant d’y consacrer leur ISF.

 

Parce que nous contestons les choix actuels qui ne sont pas inéluctables, nous devons avancer plus fortement des solutions alternatives comme la maîtrise et la sanction des mouvements spéculatifs ; la mise en cause déterminée des « paradis fiscaux » ; de nouvelles institutions mondiales régulatrices en matière financière et monétaire ; un développement économique qui valorise les atouts et les besoins de chaque pays, raccourcisse à cet effet les circuits de production et de distribution, tende à établir des échanges régionaux et mondiaux équitables, équilibrés, leur associe des critères sociaux et environnementaux de plus en plus stricts. En bref, il s’agit d’aller vers un nouveau partage de la valeur entre le capital et le travail lié à un nouveau rapport avec la nature, en commençant par s’attacher à faire de cette démarche celle de l’Union européenne, qui pourrait ainsi trouver un nouveau sens dans le monde et se réconcilier avec les peuples qui la composent.

 

2.                 Pour un socialisme européen

 

Trop souvent dans les débats sur l’Europe, l’idéal qui est le fondement même de celle-ci s’estompe. Il n’est donc pas surprenant que les peuples se détournent de ce qui n’est plus une aventure, un espace pacifique et une harmonisation consensuelle mais qui se limite trop souvent à des querelles juridiques voire épicières. Pour lutter contre les employeurs et les exploiteurs, les ouvriers et les salariés se sont organisés précédemment sur une conscience de classe. Pour construire une Europe plus juste et plus sociale demain, c’est au niveau européen que les forces progressistes devront s’organiser au lieu de tourner le dos à ce qui constitue la seule utopie mobilisatrice de notre temps.

 

Il convient donc d’essayer de bâtir l’Europe, en n’ignorant pas nos intérêts nationaux mais en constituant des réseaux solidaires avec les classes populaires et modestes des autres pays contre les puissances d’argent. Il est surprenant de voir le nationalisme, voire l’esprit de clocher ressurgir de manière inattendue dans les propos d’un certain nombre de dirigeants quand il s’agit de la construction européenne. Les débats sur le traité Européen ont été marqués parfois par des accents quasiment cocardiers comme s’il s’agissait exclusivement de défendre notre mode de vie, voire notre niveau de vie contre des peuples voisins arriérés dont forcément les approches sur des questions communes ne pouvaient qu’être erronées ou rétrogrades. Difficile dans ces conditions d’aborder de manière positive la confrontation inévitable sur nombre de sujets qu’entraîne la construction européenne.

 

En effet, au regard de la mondialisation et des enjeux liés au développement durable, la construction d’une stratégie européenne est essentielle. Tous les socialistes sont européens, tous ont compris que les réponses structurantes de notre avenir dépendaient de la construction Européenne. Mais cela ne suffit pas à définir un projet européen progressiste. Nous devons  dénoncer une marche en avant, sans les peuples, qui privilégie la mise en place d’un grand marché libéral au détriment des avancées sociales et solidaires fondatrices de toutes les démocraties européennes. Le vide institutionnel dans lequel nous demeurons devra bien être dépassé, d’une manière ou d’une autre si nous voulons conforter une citoyenneté européenne et affirmer, avec force, à destination de l’ensemble des habitants de la planète, les valeurs humanistes et démocratiques du projet européen. L’Europe doit pouvoir exister et s’exprimer au nom de tous, tout en respectant les différences et l’identité de ses composantes nationales. Nous devons donc, au-delà des constructions institutionnelles ou lexicales (confédération, fédération), poser comme piliers, la démocratie et le progrès social. Dès lors que nous nous mettrons en capacité de faire partager au plus grand nombre ces valeurs fondatrices et universelles, qui ne peuvent s’arrêter aux seules frontières géographiques de notre continent, c’est ainsi que nous redonnerons une envie d’Europe.

 

3.                 Un nouvel modèle de développement durable, social et solidaire

 

Le développement durable, voici un terme à la mode utilisé à tous vents ! Tout doit être « développement durable », y compris les produits ou les choix qui s’y opposent le plus. Le plus important aujourd’hui est de savoir définir les enjeux et surtout la mise en place réelle d’une politique de développement durable qui ne peut ni s’accorder avec le libéralisme économique ni se résumer à un éloge simplifié de la décroissance.

 

Le débat idéologique doit être mené au fond des choses. Le développement durable n’est ni une idée à la mode, ni le culte de la nature perdue, ni une nouvelle incarnation de la peur millénariste et de la finitude du monde, ni l’incitation à remettre en cause le droit des peuples et des individus notamment les plus pauvres, à croître et prospérer.

 

Si les socialistes ne peuvent que soutenir une véritable politique de développement durable, celle-ci portée notamment par les pays et systèmes les plus pollueurs et dévoreurs d’énergies rares ne doit pas s’assimiler à un néo-colonialisme mondialisé ou une incitation à ne voir de durable au nord que l’économie et au sud que la pauvreté ! C’est pourquoi, il s’agit bien de changer d’abord et surtout le paradigme économique de l’hyper croissance et de l’hyper dépense, de poser l’invention de nouvelles solidarités mondiales et donc de savoir allier développement économique, développement social et développement solidaire.

 

4.                 Le travail : le droit du pauvre est un mot creux !

 

Nous devons tout faire pour démasquer la duperie sarkozienne du "travailler plus pour gagner plus ". Où est la sincérité d’un tel slogan quand travailler plus se conjugue avec perte de pouvoir d’achat, quand le détricotage rageur des 35 heures s’accompagne du développement du travail précaire et à temps partiel ? Non, les 35 heures ne sont pas un « carcan », elles s’inscrivent d’abord dans le combat ininterrompu de la gauche pour libérer les hommes et les femmes de l’aliénation du travail. En revanche, on peut et on doit dire que nous n’avons pas pu ou su poser la question de l’aménagement du temps de travail, de l’organisation globale du travail. C’est ce champ que nous devons rouvrir, par la négociation et en mobilisant toutes les nouvelles manières de produire et de créer.

 

Les 35 heures ont-elles été cause de la baisse du pouvoir d’achat ? Nous ne le croyons pas ! Bien au contraire, elles ont permis de faire affleurer toutes les heures « grises ou noires », de sanctuariser souvent ces rémunérations. En revanche, les 35 heures ont donné l’impression d’offrir du temps à bien des salariés qui voulaient aussi de l’argent. Et notre frontière reste la même, la question du pouvoir d’achat. Il faut donc du temps et de l’argent, car à rentrer dans l’alternative qu’impose la droite, c’est sur les deux tableaux que les salariés y perdront !

 

C’est nous qui devons être les champions de la revalorisation du travail. Nous sommes convaincus que le travail doit être pour chaque citoyen un moment ou un lieu d’épanouissement. Pour cela il faut une juste rétribution, une organisation plus respectueuse de la vie du travailleur, plus démocratique au sein du lieu de travail, et orienter son utilité vers des besoins humains qui  donnent du sens. Nous devons combattre le sacro-saint « retour sur fonds propres », l’allégement des contributions générales au profit du capital improductif, le développement des stock-options, en un mot les mécanismes cyniques qui encouragent l’argent vite et souvent mal gagné.

 

5.                 Les retraites : dépenses ou ressources ?

 

Outre qu’il est indécent d’entendre et de laisser dire que la gauche n’aurait rien fait, nous devons poser les termes d’une alternative à la droite. Que dit la droite ? Que l’allongement de la durée de la vie, que l’âge légal de la retraite sont des causes du déficit et impliquent donc d’allonger la durée des cotisations ! Bref, travailler plus pour vivre moins ! Et que demande-t-on à la gauche ? D’avoir le « courage » ou l’impuissance de valider ce postulat ! Bref, de ne discuter que des modalités ! Nous proposons de discuter ce postulat et de le remettre en cause.

 

La première ressource, en effet, c’est de retrouver l’emploi et la croissance, sauf à valider une vision mécanique et statique de l’activité. La seconde ressource consiste aussi à combler le déficit démographique et économique, soit par un soutien social à une politique de la natalité, soit par l’ouverture à l’accueil de nouvelles populations immigrées. La droite fuit ses responsabilités en ne s’attaquant pas d’abord au développement des activités protectrices du niveau de vie et productrices de richesses.  Le courage et la réforme, ce n’est pas de considérer que nous fonctionnons dans un cadre fermé où l’emploi fuit la société et où les salaires fuient l’emploi, mais de s’attaquer aux causes structurelles afin de garantir et de développer notre système de retraites. 

 

En effet, nous devons être fiers que la durée de vie s’allonge. Oui, nous sommes également fiers que l’on puisse faire valoir ses droits. Oui, cela nous créé des obligations de financement, mais pas au détriment de la perspective de notre projet social. D’autant que le phénomène de paupérisation touche désormais les retraités, obligés de chercher des petits boulots ou de faire les poubelles dans une France moderne ! C’est pourquoi, tout doit être mis sur la table, bien sûr la pénibilité, un mode de calcul nouveau des éléments contribuant à la retraite en y intégrant toutes les activités de la vie, le niveau des retraites afin de corriger les inégalités liées aux salaires, et surtout la recherche de recettes nouvelles, en faisant contribuer à la défense, à la prospérité et au développement de notre projet social, plus values et richesses immatérielles notamment…

 

6.                 Service public : pour de nouveaux critères de gestion

 

La qualité des équipements et des services publics constitue un facteur essentiel de compétitivité et d’attractivité de l’économie d’un pays, sans parler de sa dimension sociale et humaine. Bien sûr, il faut adapter leur organisation, leurs finalités, leur fonctionnement aux besoins actuels des individus chacun pris à part et de la société dans son ensemble. Les formes de la maîtrise publique et/ou sociale ont besoin d’être aujourd’hui beaucoup plus diversifiées qu’hier.

 

Ajustons et avançons nos propositions dans chaque domaine. Cela donnera d’autant plus de force à notre net refus du démantèlement en cours. En effet, trop souvent, nous confondons le statut juridique des services et entreprises publiques avec leurs finalités. Nous avons eu de nombreux débats sur le contour de l’actionnariat public, mais peu sur les critères de gestion. Or, c’est bien eux qui sont déterminants, si nous voulons répondre à la mission essentielle du service public, à savoir garantir et développer l’accès de tous aux biens et services essentiels. Si les critères de gestion d’une entreprise publique sont uniquement de dégager de la rentabilité, comment empêcher les restructurations et les ouvertures de capital ?

 

C’est pourquoi, nous plaidons d’abord pour la définition des biens ou services qui par nature doivent garantir l’accès égal de tous ; ensuite pour la définition d’une charte publique de critères de gestion qui parte d’abord de l’usager, de ses besoins, des territoires pour un développement solidaire ; enfin d’une stratégie de financement de la commande publique qui n’exclut aucune forme de recherche de ressources nouvelles.

 

7.                 Une société ouverte de la connaissance

 

Le 20 Avril 2007, dans Le Journal du Net, Nicolas Sarkozy avait pris un certain nombre d’engagements ayant trait à l’économie numérique lors de la campagne présidentielle (36 au total). Force est de constater, un an après, que bon nombre de ces engagements ont rejoint les limbes, voire prennent une tournure inquiétante : ainsi le projet de « riposte graduée », celui de décret visant à étendre les obligations en matière de rétention des données de connexion, ou la création du passeport biométrique, malgré l’avis défavorable de la CNIL. Face à ce constat, où en sommes-nous, nous socialistes ?

 

Il est paradoxal de constater que le Parti Socialiste, conscient dès 1992 de l’impact qu’aurait la « Révolution informationnelle » (Congrès de l’Arche), ait mis autant de temps à intégrer ces enjeux dans sa réflexion et son logiciel. Pourtant, les socialistes ont pris depuis de nombreuses initiatives allant dans le sens d’une prise en considération croissante de l’importance du numérique dans notre société sous le gouvernement de Lionel Jospin ou par l’intermédiaire des députés européens socialistes qui ont lutté contre la brevetabilité des logiciels.

 

Conscients des enjeux stratégiques évidents du numérique, tant sur le plan économique que sociétal, nous ne devons pas laisser de côté cet espace, car, si le développement des technologies numériques et de l’Internet ouvre de fantastiques perspectives en termes d’accès et de diffusion de la connaissance, d’expression des libertés, celui-ci ne peut et ne doit se faire que dans un cadre démocratique, et les pouvoirs publics ont la responsabilité de garantir ce cadre. Aussi nous semble-t-il essentiel que les socialistes affirment leur volonté de promouvoir cette société de la connaissance ouverte, notamment en misant sur les standards ouverts, l’interopérabilité, sur l’emploi des logiciels libres, des outils coopératifs, et certainement pas en établissant un partenariat privilégié avec un éditeur, exclusivement… Enjeux politiques, sociétaux, économiques et culturels, le numérique est un espace que les socialistes doivent occuper, comprendre et maîtriser pour le faire évoluer dans un sens ouvert et démocratique. Au-delà, rappelons encore une fois le rôle essentiel des investissements dans la recherche et le développement pour redynamiser l’économie, et de ce fait restreindre les crédits alloués aux institutions de recherche, comme le fait l’actuel gouvernement, s’avère être économiquement une aberration.

par capgps
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